Le Prix Renaudot pour le premier roman intimiste de Beigbeder

NB : Article écrit en 2009

Du fond de sa cellule, où on l’enferme pour consommation de stupéfiants sur la voie publique, l’auteur tente de se souvenir. Dans la panique de l’enfermement, il recherche son enfance perdue, oubliée, enfouie volontairement ou involontairement.
A travers l’écriture, le grand dadais au grand menton cherche à se réconcilier avec le petit garçon qui accompagnait son grand-père, à Guéthary, au tout début des années 70. Cette scène,  sur la plage de Cénitz, est le point de départ de la biographie. Elle en est également le point d’arrivée, l’objectif à atteindre.

C’est l’obsession qui sous-tend le livre : comment retrouver ce petit garçon, comment faire le lien entre ce que l’on a pu être enfant, et celui que l’on est à quarante ans.
Les souvenirs perdus sont parfois difficiles à reconstruire pour un « bobo » venant de dépasser la quarantaine. Il nous fait part de ses différents traumatismes et regrets, de l’enfant souffreteux qu’il a été, des désordres familiaux, de l’absence du père, ou encore des ravages de la guerre sur la psyché des grands parents, qui inconsciemment, transmettent leurs souffrances à leur descendance.
Le dandysme, c’est un peu le nerf de la guerre chez Beigbeder. Bien qu’ici des efforts aient été accomplis. Car si l’écriture est légère, virevoltante, elle n’en est pas moins grave, touchante. L’auteur rompt avec le style provocateur et spontané de ses précédents romans. Une constante demeure cependant, celle du sens de la formule : acerbe, incisive, et parfois hilarante, qui a fait son succès. Il retranscrit ses souvenirs à la manière du Lord Henry d’Oscar Wilde: cynisme et pertinence conjuguée à un regard cru et honnête sur le monde, servis avec élégance à travers les pages du roman.
« Tout écrivain est un ghostbuster ». L’auteur part à la chasse au fantôme de son moi, dont il explique avoir perdu la trace en même temps qu’il en a perdu les souvenirs. Aussi le travail d’écriture est l’outil dans lequel il place l’espoir de faire surgir à sa conscience une mémoire nécessaire, selon lui, à la tranquillité de son âme. Un roman français est un peu le « W ou le souvenir d’enfance » de Beigbeder.
Il raconte ainsi le passé familial, un grand-père résistant tardif, l’autre royaliste et maurrassien. La guerre, la rencontre de ses parents, leur divorce, la France des années 70-80, sa timidité maladive, la schizophrénie des enfants de divorcés élevés dans deux univers différents.
L’auteur, petit, vit dans l’ambiance surprotégée mais anxiogène de Neuilly. Puis à Paris, errant dans une sorte de no man’s land, tiraillé entre deux mondes: mélancolie et rigueur de la mère, cocktails sans fin et fréquentations « people » du père.
Beigbeder recherche, et il trouve parfois, des images de lui, çà et là, des saignements de nez à répétition, des illusions amoureuses, des heures de lecture solitaire durant l’adolescence. Le livre foisonne de moments pathétiques, touchants par là même, à l’instar du dialogue entre l’écrivain adulte et son propre « anti-portrait de Dorian Gray », une aquarelle de l’auteur, à l’âge de 9 ans. Seule ombre au tableau, le récit dérape quelque peu dans le pathos l’espace d’un ou deux chapitres, lorsque l’auteur nous raconte complaisamment la prolongation de sa garde à vue, qu’il qualifie d’inhumaine, dans le centre de rétention appelé « le dépôt ».
Retrouver l’enfant que l’on était. Un roman français donne, sinon l’envie d’écrire une autobiographie, le coup de pouce que l’on attendait pour faire remonter à notre conscience de vieux souvenirs enfouis, les sensations douillettes de nos chaussons d’enfants, les soirées jeux de sociétés avec nos parents, qui s’effaceront, à terme, étouffés par les impératifs de nos vies d’adultes postmodernes.
Il est difficile de ne pas être ému ou touché par le récit d’un homme déballant ses souvenirs. A travers la littérature, on peut voir l’homme. C’est le cas ici.

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