Houellebecq : La carte et le territoire

Dans La carte et le territoire, Houellebecq s’attaque de nouveau à la  « condition de l’homme moderne » en occident. Ni plus ni moins. Pour y parvenir, l’auteur n’a de cesse de ramener les évènements à leur pure description factuelle. Ainsi, le livre est une compilation de broutilles rigolotes, de descriptions cyniques et froides, d’où surgissent au final ce que l’on pourrait nommer une « tristesse de l’inéluctable », celle du destin, de la condition primaire de l’homme.

L’auteur s’attache tout particulièrement à déconstruire tous les artifices qui habillent le réel, il s’agit de ramener chaque chose à sa réalité scientifique et froide. A ce titre, l’auteur sait ériger en art majeur la rédaction de phrases niaises. Ce roman est une sorte de désenchantement du monde par la narration, dans la continuité de l’œuvre de l’auteur. Et c’est beau
En ce qui concerne l’histoire à proprement parler, l’auteur peint le parcours d’un artiste dont la vie, malgré la reconnaissance et la réussite financière, n’est qu’une suite de déceptions, ou plutôt de non-satisfactions. Le suicide de la mère, le père taciturne, un chauffe-eau défectueux. De la part d’un personnage dont le projet initial est de photographier de objets simples, on ne peut s’attendre qu’à un comportement apathique. C’est le cas, et il s’agit bien de la méthode houellebecquienne,  particulièrement efficace, et comme toujours, hilarante. Le propre des personnages de Houellebecq c’est de s’assoupir. Il décrit sans relâche l’apathie des personnages, très souvent «  dans un état de semi-conscience hébétée ». Parfois, on ne peut s’empêcher d’avoir le sentiment que l’auteur à compilé des chapitres pour finir rapidement son livre. Comme si l’écriture avait été une contrainte. Comme si il se fichait du lecteur. De quoi amplifier le mythe de l’écrivain devenu tellement institutionnel qu’il peut écrire ce qu’il veut, car le public suivra. On ne peut par ailleurs que saluer la pertinence de son regard, et la qualité des descriptions.
On ressent par ailleurs la nostalgie d’un âge d’or. Lorsque le temps long était permis, et nécessaire. Lorsque la société vénérait des personnes qui s’isolaient toute une vie dans un monastère silencieux pour prier. Le retournement des valeurs, vers l’immédiateté que nous connaissons, est donc fustigé par l’écrivain. Il y a également chez lui une description très sincère de la France des 30 glorieuses, de ses idéologies, de l’ère du management, du prestige de certains secteurs.

Au bout de cela, on retrouve le déclin, la fin d’une époque. La France reléguée au statut de paradis pour touriste, au bout du compte. C’est d’ailleurs un des angles du roman. On sent toute la douleur qui émane de la disparition de ce qui a été, un jour, un sentiment collectif, une courtoisie nationale. Ainsi, un passage cite Péguy, afin de mettre en exergue cette nostalgie de l’amour de Dieu et de l’honneur de la fonction, qui existait avant que tout ne se dissolve dans la Forme-Capital.  Il y a de la nostalgie du paisible chez Michel Houellebecq. Cette pente déclinante de la société se décline du coup chez l’homme. Obsédé par la disparition, par le déclin, Houellebecq est triste et vieux. Le monde devient vieux. Et il faut l’admettre. On trouve cela tout au long du livre. La décrépitude. Le tout associé à une théorie du destin et de la fatalité, biologique, le caractère indépassable de l’homme.

Au final, Il y a l’obsession du détachement et de la neutralité, toujours dans le contexte d’une méthode « apathique ». Comme si le but ultime de Houellebecq était de vouloir dépasser l’homme du ressenti, mais comme la tâche s’avère insurmontable, il retombe toujours, et il nous emporte avec lui, dans la dépression la plus dure.

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