Lovecraft, Houellebecq. Les écrivains du « mal-être »

02/09/2011 par Guillaume Atgé
Critique  » HP Lovecraft. Contre le monde, contre la vie  » publié en 1991, fut le premier succès de l’auteur qui a raflé le prix Goncourt 2010 avec « La Carte et le territoire ».

 

Cet essai de Michel Houellebecq sur l’écrivain américain de nouvelles fantastiques H.P.Lovecraft , est consacré à la méthode d’écriture de Lovecraft, ainsi qu’à sa vie et à sa poétique. L’œuvre de Lovecraft, passionnante, terrifiante de réalisme, fait remonter à la surface de la terre des monstres hideux, et cherche à repousser les limites du tangible et de l’entendement chez le lecteur. Il ne sert à rien de faire ici le résumé de l’œuvre de Lovecraft, ou pire, un résumé de l’essai de Houellebecq sur Lovecraft. En revanche, lire ou relire cet essai est un bon moyen d’éclairer une des facettes de la personnalité de Michel Houellebecq, après avoir aimé ou détesté « Extension du domaine de la lutte », « Les Particules élémentaires », « Plateforme », « La Possibilité d’une île », « La Carte et le territoire ».

L’œuvre de Houellebecq est souvent qualifiée de  » réactionnaire  » (notamment par le critique littéraire Eric Naulleau). Houellebecq réfute cependant ce terme, estimant qu’il est absurde de vouloir  » retourner en arrière « , quelle que soit la société. Néanmoins, on peut quand même s’interroger quant à sa  » grille de lecture sociétale « . Le  » prisme  » à travers lequel Houellebecq regarde et interprète le monde et un prisme éminemment réactionnaire, voire d’extrême-droite. Il est vrai que la vision du monde développée à travers ses romans, est avant tout de l’ordre de la critique antimoderne et anti-libérale, anti-managériale, etc. On sait en outre que celui-ci fréquente assidument le site internet « Sur le Ring » de l’écrivain Maurice G. Dantec. Un site qui accueille des éditoriaux et des écrivains dont l’imaginaire se situe très à droite de l’échiquier politique. Cela ne doit cependant pas être interprété de façon péjorative et Houellebecq n’a rien à voir avec l’un ou l’autre nervi facho.

Mais revenons à Lovecraft. On ne peut s’empêcher, en relisant  » HP Lovecraft. Contre la vie, contre le monde  » de faire un parallèle entre le Lovecraft, dépeint par Houellebecq dans son essai, un puritain dépressif écrivant seul ses nouvelles, et le personnage Houellebecq, se dissolvant petit à petit chez lui de façon pathétique dans La Carte et le territoire.
Michel Houellebecq s’est donc certainement identifié très tôt aux écrivains du  » mal-être « . L’existence de l’essai sur Lovecraft étant un indice sérieux de la véracité de cette hypothèse. Des écrivains comme Dantec, Lautréamont, Bloy, Rebatet, Schopenhauer, n’ont-ils pas raconté et théorisé le monde à partir de leur propre souffrance ? Lovecraft, le puritain originaire de Providence, ne supportant pas la vue et la présence des immigrés sales et baragouinant dans les quartiers déshérités de New York, ne ressemble-t-il pas étrangement au héros malheureux d’Extension du domaine de la lutte qui ne supporte pas de voir un homme noir danser en boîte de nuit près d’une fille blanche ? Cela ressemble, en tout cas, à l’angoisse du mâle blanc perdant ses repères identitaires à l’intérieur du monde moderne, angoisse commune à tous les grands écrivains réactionnaires.

La thèse que soutient Houellebecq est que c’est cette angoisse qui a inspiré à Lovecraft ses monstres remontant à la surface de la terre en proférant des incantations dans une langue archaïque et angoissante.
Il existe donc une sorte d’hommes, sensibles et raffinés, de par leur éducation ou leur nature, qui souffrant de découvrir un monde réel chaotique, violent et laid à leurs yeux, ne trouvent refuge que dans la dimension créatrice. Par ailleurs, si ce travail abouti à une conceptualisation du monde, à un point de vue sur la société, ou à une théorie politique, on peut être sûr que ce produit se situera dans l’univers de la réaction politique. Nietzsche faisait de la  » philosophie à coup de marteau « , c’est-à-dire, avec le marteau du médecin, qui ausculte. De ce point de vue, c’est la biographie des philosophes qui conditionne leur système philosophique ou leur théorie. Il en va sans doute ainsi pour Lovecraft ou Houellebecq.  » HP Lovecraft. Contre le monde, contre la vie  » nous rappelle cela.

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