« Et si l’amour durait » , d’Alain Finkielkraut. Et si les réacs’ étaient les vrais anti-productivistes ?

« Et si l’amour durait » est le titre du dernier essai, paru chez Stock, de l’écrivain et philosophe Alain Finkielkraut. Un essai qui se veut une redécouverte du sentiment amoureux en même temps qu’une critique de notre conception actuel de l’amour.
Un très beau livre, comme chaque livre d’Alain. Au beau milieu de notre époque où la liberté absolue de l’individu est la seule valeur et la seule finalité,  il nous invite à concevoir à nouveau une transcendance, et des principes  supérieurs, à nous autres, humains arrogants, du haut de notre matérialisme hédoniste  conquérant.

Alain Finkielkraut a lu pour nous Madame de Lafayette, Bergman, Philip Roth ou encore Milan Kundera pour nous livrer un plaidoyer en faveur de la tradition en amour. A une époque où nous sommes à peu près tous  convaincus que « l’amour dure 3 ans » Alain Finkielkraut tente, en bon « réactionnaire », de nous donner un peu d’espoir, ou de désespoir – c’est selon.

« Et si l’amour durait » est un essai qui veut prendre à rebrousse poils l’amer constat du divorce de masse et du renoncement à une forme moins égoïste de l’amour . Sa méthode : quatre résumés de lecture, pour déconstruire et redécouvrir le sentiment amoureux.

La Princesse de Clèves, héroïne du roman éponyme écrit au XVIIe siècle renonce à son grand amour, en se conformant à des principes moraux. Inconcevable pour nos contemporains.

Les héros de Bergman, malgré leur volonté tenace de rester ensemble, échoueront dans leur quête de stabilité. Les différences de classes sociales, leur différences d’objectifs dans la vie l’emporteront finalement, sur le rêve d’amour.

Philip Roth de son côté, mets en scène des personnages déchirés entre leur attirance pour la liberté en matière d’amour, et le possible choix d’un renoncement à cette liberté pour ne choisir qu’une seule personne. Prisonniers de ce que Finkielkraut appelle la « tyrannie de leurs désirs », ils perdront tout, à savoir leur grand amour et la possibilité d’aimer vraiment.

Alain Finkielkraut , grand lecteur de Milan Kundera termine son essai par une leçon au sujet du fameux roman « L’insoutenable légèreté de l’être » le roman phare de Kundera. L’auteur voit, à travers deux personnages qui s’aiment d’un amour désintéressé, Tomas et Tereza, la seule clef possible pour un véritable amour.

Le désintéressement, voilà la clef. L’oubli de l’intérêt personnel est pour l’auteur de « Et si l’amour durait » le seul espoir pour l’amour, un préalable incontournable à la contemplation amoureuse.

Espérons que dans cet abandon demandé d’un peu de notre individualisme, les « adversaires » de Finkielkraut n’y verront pas une stratégie inavouée de « social-traître »…

Car c’est bien tout l’inverse, en réalité. Le seul progrès humain ne peut-être que du côté de la longueur, de l’introspection, de la pensée, et non pas du côté de l’immédiateté, de la flatterie des instincts primaires,  à grand coup de marketing : « sois toi-même », « trouve chaussure à ton pied ».

Slogans qui consistent bien eux, en revanche, en une stratégie capitaliste et productiviste inavouée.

« Et si l’amour durait », un essai de l’amour, de l’humain, de la pérennité. Profondément anticapitaliste, pour le coup.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s