Fièvre, mais pas 39 non plus

Qui n’a jamais rêvé d’éliminer quelqu’un ? Un rival, un intrus ou un proche. Qui n’a jamais esquissé dans son esprit, un scénario de meurtre à l’encontre d’une personne qui vous a un jour porté préjudice ? Et si c’était la seule manière de vous délivrer de vos souffrances et de vos regrets ? Et si nous étions nombreux, à décider, un jour, d’assassiner quelqu’un ?
Ce postulat est le prélude de Fièvre, le dernier roman de l’écrivaine écossaise Val McDermid, qui revient avec un nouvel épisode des aventures de Tony Hill et Carol Jordan. Le premier est profiler (profileur) et dresse les portraits psychologiques des tueurs en série sur lesquels enquête la seconde, qui est policière.
Ce prélude macabre constitue le chausse-pied de la critique développée par Val Mc Dermid à travers le roman. Nous vivons dans un monde d’ambition et de concurrence, où tous les coups sont permis, où des individus narcissiques sont prêts à tout pour exister aux yeux de la société. Dans ce monde, la trahison peut mener à la vengeance, et la frustration à la destruction.
A travers ses best-sellers, Val Mc Dermid ne fait pas de cadeau à cette réalité. On sent, au fil des enquêtes et des meurtres, qu’un point de vue presque politique est défendu. Quand on connaît la biographie de l’auteure, qui a été journaliste, syndicaliste, et militante féministe, on ne peut guère s’en étonner. Fièvre transpire la critique de la ségrégation sociale à travers une étude minutieuse de la psychologie de ceux qui travaillent dans les institutions policières.
La description de la hiérarchie a toute son importance et rappelle des séries télévisés comme Life, où la place des policiers, leurs rôles et le prestige social qui en découle sont analysés finement. On sent à travers le livre toute l’importance du carriérisme et de la hiérarchie dans la société anglo-saxonne. D’un côté les avantages d’un univers de compétition, où les acteurs ont tout intérêt à donner le meilleur d’eux-mêmes, de l’autre les inconvénients, lorsque la rigidité du fonctionnement institutionnel nuit à la résolution des affaires. C’est le cas avec l’arrivée d’un nouveau commandant territorial, James Blake qui veut que la brigade d’enquête prioritaire (BEP) prouve son efficacité sous peine de suppression. Ce qui va chambouler les comportements de ses membres, et notamment de l’héroïne, Carol Jordan.

Un tueur
Dans Fièvre, le tueur étouffe des adolescents avec un sac plastique, et mutile leurs parties génitales, après les avoir piégé sur internet. Le décor de l’action se plante dans une ville postindustrielle du Nord de l’Angleterre, au taux affligeant de violence à main armée. Les flics de plusieurs brigades mènent des enquêtes, et les relations humaines qui se développent entre eux constituent une des trames du livre.
A travers le portrait des jeunes victimes du prédateur d’internet, Val Mc Dermid dépeint les modes de vie, habitudes, tristesses, espoirs, joies, des enfants de la classe moyenne contemporaine.
Ceux-ci se montrent infiniment naïf sur la réalité du monde, car trop obnubilés par leur reflet narcissique créés par internet, la télévision, la notion moderne de popularité, les relations sociales superficielles, et un monde extérieur plus que jamais fondé sur l’apparence. Val Mc Dermid montre également des parents dépassés par les évènements, et qui découvrent l’horreur de la réalité des prédateurs qui chassent sur Internet.
Le tueur profite à juste titre du vide affectif laissé chez les victimes par ce monde moderne qui ne semble n’accorder d’importance qu’à la réputation. D’où l’extrême fragilité des adolescents qui tombent dans le piège lorsqu’un inconnu rencontré sur internet leur propose une rencontre en tête à tête, en échange d’un soi-disant grand secret à leur révéler sur eux-mêmes. Le serial killer s’engouffre dans les failles psychologiques des individus de sont époques. La description que fait Val Mc Dermid de ces failles est un aspect intéressant de Fièvre.
Failles qui n’épargnent pas les adultes. Il arrive au docteur Tony Hill de se comparer à un serial killer, d’un point de vue psychologique, car son métier consiste, à l’instar de ceux qu’il traque, à dresser des portraits psychologiques dans le but de capturer un individu. Tony Hill se sent comme faisant partie de cette catégorie, sauf que lui est psychologue…
C’est ainsi que Fièvre parvient à mêler l’enchevêtrement des intrigues, la psychologie et la critique sociale avec brio.
Seul hic, l’intrigue met du temps à se mettre en place et se trouve édulcorée par des passages de descriptions qui agaceront le lecteur pressé. La couverture du livre est par ailleurs un peu trompeuse. On s’attend à plus de détails macabres. Certains passages donnent heureusement dans la charcuterie, pour le plus grand bonheur des amateurs de gore mais ils ne sont pas omniprésents. Le roman étant délayé dans un certains nombre de dialogues et de situations sans réel importance.
Fièvre se lit néanmoins comme un bon thriller. Mais il ne procure pas les sensations de suspens et de nervosités de certains romans noirs, comme ceux de Maurice Dantec par exemple. Fièvre s’inscrit dans la lignée des polars best-sellers ayant pour vocation de toucher un large public, et faire sensation dans les étales des librairies. Il trouvera incontestablement son public, qui appréciera de se plonger dans les 437 nouvelles pages d’aventures de Carol Jordan et Tony Hill.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s