Découverte d’Hygiène de l’assassin, d’Amélie Nothomb … 20 ans après

En me penchant sur Amélie Nothomb, je me rend compte, tout penaud, que son premier roman est paru il y a déjà… 20 ans. L’esprit englué dans les représentations médiatiques des écrivains, je croyais Amélie Nothomb prisonnière comme l’ensemble de mes contemporains d’un présent perpétuel et immanent. J’imaginais Hygiène de l’assassin vieux de 4 ou 5 années, pas plus.

Son dernier roman Tuer le père, est sorti en … 2011, puisque Amélie Nothomb publie un roman par an depuis 1992. Ce qui donne un total de 20 romans. Ce cycle de chronique ne fait donc que commencer…

Autre anecdote, avant que je ne jette un coup d’œil à la fiche Wikipédia d’Amélie, une petite voix me murmurait que cette auteure était Belge. Et elle l’est, en effet. Il sont décidément nombreux les artistes belges à réussir à toucher un large public français…

Hygiène de l’assassin

Le roman commence avec une mise en situation de Pretextat Tach, l’écrivain prix Nobel de littérature et héros du roman. D’emblée, des considérations sur le journalisme, les auteurs, le monde de l’édition, de l’information et des critiques sont abordées. Rappelons qu’à cette époque, Amélie Nothomb n’est pas encore devenue « une star ».

Le personnage de Pretextat Tach est un écrivain obèse et blasé. On apprendra pourquoi au fil du roman. L’ensemble du livre porte notamment sur la description de comment et pourquoi on devient un écrivain reconnu, et quel est le processus de fabrication du mythe de l’écrivain. Cela rejoint toutes les problématiques contemporaines du story-telling.

Par exemple, le personnage du secrétaire de Pretextat Tach, qui s’appelle Ernest Gravelin s’occupe de « construire sa légende ». Ce qui nous rappelle que les légendes ne se font pas toutes seules…

Amélie Nothomb écrit sur le thème des écrivains. Qui sont les écrivains ? Devient-on écrivain ? Nait-on écrivain ? Qu’est-ce qu’être lu ? Qu’est-ce qu’écrire ?
C’est en posant toutes ces questions qu’Hygiène de l’assassin devient un livre « scientifique ». Il pose des questions, fait semblant d’y répondre, mais les laisse en suspens. Y-a-t-il vraiment des lecteurs ? Un livre nous transforme t-il ? Peut-on faire la distinction entre les écrivains pour de vrai, et les écrivains pour salons ? Amélie Nothomb livre une critique de la lecture, en ce qu’elle a de plus paradoxale. L’activité la plus profonde est en même temps celle qui peut-être pratiquée le plus superficiellement.

Si le livre se lit très bien, car les phrases son plutôt courtes et simples, le style reste assez puissant. La construction du roman, en dialogues exclusivement, n’est pas à la portée du premier venu. En outre, le propos du livre est un peu élitiste et le dialogue, prétexte à de multiples considérations métaphysiques et existentielles. Celles-ci peuvent éventuellement rebuter le lecteur qui s’attend seulement à de l’intrigue.

Le personnage de Pretextat Tach est un être ultra-pessimiste et quasiment nihiliste qui réduit les sentiments et les actes humains à de la mauvaise foi, que nous mettons tous en place pour se donner l’illusion d’un semblant de dignité.

L’écrivain ne supporte pas les apparences, et veut aller au fond des choses. Et à force de creuser, il se rend compte de l’effroyable et insupportable vérité, à savoir qu’il n’y a pas de sens, qu’il n’y a pas de fondements, et il ressent un grand mépris pour les individus qui n’auraient pas cette profondeur d’esprit.
Là est sans doute la différence entre les Hommes et le communs des mortels. Quand le commun des mortels peu imaginer le vide métaphysique de l’existence, les Hommes le vivent en permanence comme leur état d’être au monde à part entière.
A partir du moment où cette question se pose, la vraie interrogation n’est pas d’y répondre, la vraie interrogation est de savoir qui, parmi les lecteurs – du roman ou de cette chronique – est assez fou ou mégalo pour croire disposer de cette profondeur d’analyse.
Et à ce titre, le sentiment mégalomane qui habite Pretextat Tach, est une des pierre angulaire de l’intrigue du livre.

Sur la construction du livre à proprement parler. Il s’agit d’un enchainements de plusieurs dialogues entre des journalistes et l’écrivain. La prouesse d’Amélie Nothomb est de rendre cette construction intéressante et de réussir à faire en sorte qu’on ne s’en lasse pas au fil de la lecture. Au début, la seule chose qui nous intéresse est de savoir qui va gagner, du journaliste ou de l’écrivain, la joute rhétorique qui constitue l’action.
Pour parler le langage du XXIe siècle, Hygiène de l’assassin est une série de clash entre des journalistes et un écrivain, raconté de manière brillante mais abordable par Amélie Nothomb.

Pretextat Tach ne reconnaît qu’un seul génie comparable au sien, celui de Louis Ferdinand Céline. Et il prétend que c’est le seul individu intéressant qu’il ait jamais rencontré. Bien évidemment, il ne l’a jamais rencontré.

Les « clashs » entre les journalistes et Pretextat Tach s’enchaînent, jusqu’à ce qu’une femme rentre en scène. Elle seule parviendra à lui tenir tête. Pas étonnant puisque Pretextat Tach, comme tout les grands machos misanthropes, est un obsédé … des femmes. Il les déteste pour la simple et bonne raison qu’il les adore et qu’il en a peur, et qu’elles lui sont d’une certaine manière, inaccessibles.

Avec le dénouement de l’intrigue, on parvient à découvrir qui est Pretextat Tach, et c’est là que, à la grande surprise du lecteur, le roman prend un tour tout a fait surprenant.
Le lecteur s’étonnera d’être pris dans un suspens auquel il ne s’attendait pas, suspens que l’auteure du livre a mis tout doucement en place, petit à petit, depuis le début, sans que l’on s’en aperçoive. On ne peut plus, dès lors, lâcher le livre. On découvre au fil de la lecture, et de ce dialogue savamment  écrit, le terrible secret de Pretextat Tach.

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