Note de Lecture : Philip Roth, « Le Rabaissement » ou l’univers mental des classes sup’ américaines

Le rabaissement est le troisième « court roman » du cycle « Némésis » de Philip Roth, paru en France le 29 septembre 2011. Argument : une star de théâtre déchue vit une descente aux enfers, un internement psychiatrique et croit entrevoir son salut dans une nouvelle relation amoureuse.

Portrait des classes supérieures américaines qui malgré les statuts sociaux de leurs représentants, leurs responsabilités et le confort matériel, se cherchent des raisons de vivre et d’exister en se fabriquant de toutes pièces des histoires, des relations. Des hommes en somme.

Une star déchue du théâtre, une universitaire lesbienne, une doyenne d’université jalouse, tels sont les personnages mis en scène dans une langue simple mais bourrée d’effet de retournement et de surprise.

L’histoire et l’intrigue ne cassent pas trois pattes à un canard, mais le plaisir de lecture est bien réel. Le rabaissement est un roman écrit pour les classes sup’, les bobos-cosmopolites adeptes de la « littérature-monde » ou encore les candidats à l’embourgeoisement de type anglo-saxon. Ceux qui s’identifient aux classes aisées « snobs » et à leurs tourments artificiels.

Le rabaissement peut aussi être un roman de détente, car bien écrit. L’on s’attache aux personnages. Il s’agit d’une « grosse » nouvelle, en réalité, plus que d’un roman. Et ça se lit comme on déguste une friandise. Sans vouloir voir le mal partout, on pourrait même avancer l’idée qu’il s’agirait en fait d’un produit commercial.

Intéressante, la psychologie des personnages, très puissante. En filigrane de phrases très courtes et d’une langue simple en apparence, se cache une « short stories » qui réussit à monter des personnages véritablement crédible. C’est la que réside le talent de Philip Roth : dans la création de personnages/idéaux-types d’une force théorique non négligeable, malgré l’allure fluette du livre.

A ce stade on s’exclamera que c’est la moindre des choses pour un roman digne de ce nom. Mais force est de constater que tous les romans n’en sont pas capables. Un bon roman est un roman dont les personnages nous côtoient comme de véritable personnes une fois le livre terminé, pendant de longues semaines. Par nécessairement de manière obsessionnelle, mais plutôt comme des repères, qui surgissent dans certaines situations sociales, et/ou que l’on peut invoquer comme de véritables personnes.

C’est un peu le cas pour une des personnages Pegeen, qui concoure activement au rabaissement de la star de théâtre déchue, l’anti-héros du roman. Pegeen ? Une sorte de garce égoïste inconsciente des conséquences de ses actes. Si une Pegeen surgit autour de vous, ou si une personne vous la rappelle, fuyez, c’est une relation toxique.

Il y a du tragique et du pathétique à la fin du roman. Les perspectives se retournent sans cesse, pour finalement retomber sur leurs pattes, laissant au lecteur le sentiment que dans la vie, comme dans Le Rabaissement,rien n’est joué d’avance, mais tout est déjà écrit.

Watercolor by J. C. Phillips / http://rothsociety.org/

« A ce stade, il ne savait pas, pas plus que lorsqu’il avait décidé d’appeler, s’il avait raison ou s’il avait tort de faire ce qu’il faisait, si c’était un aveu de faiblesse ou une preuve de force » P. 116

« Les Stapleford n’avaient pas réussi au cinéma en Californie, alors ils faisaient, soi-disant, de l’art dramatique de haute volée, loin des corruptions du monde commercial » P.117

« Au bout d’un laps de temps qui dut durer au moins une heure, il décida qu’il ne voulait pas qu’on le trouve mort dans le bureau de Pegeen, dans le fauteuil de Pegeen. Pegeen n’était pas la coupable. Les échecs étaient de son fait, comme l’était la déconcertante biographie sur laquelle il était empalé » P. 121

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