La Malédiction Hilliker : quand la folie devient littérature onirique

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James Ellroy avec sa mère

Dans ce récit saisissant de sincérité, James Ellroy nous invite à parcourir son encéphalogramme existentiel. Entre mégalomanie, hypocondrie, paranoïa et obsession des femmes. Décapant.

La « Malédiction Hilliker », c’est le souhait de voir sa mère, Jean Hilliker,  mourir. James Ellroy, en conflit avec elle, la prononce en 1958 à l’âge de 10 ans,  à Los Angeles. Il tient cette « malédiction » responsable de la mort de sa mère, retrouvée pour de bon assassinée la même année… Cet évènement structure dès lors son univers mental et sa relation avec les femmes.

« La vallée de San Gabriel, s’était l’exil dans la fournaise. Une populace de petits blancs et de clandestins mexicains. Ce paradis des traîne-patins. Évidemment, on est partis s’installer là-bas. Évidemment, c’est là-bas qu’elle est morte. Évidemment c’est moi qui ai causé sa mort ».

Jean Hilliker, fantôme obsédant, devient le personnage au centre de l’imaginaire Ellroyien, carburant d’une folie qui se transforme très vite en génie narratif. Sans que l’on parvienne finalement à savoir si l’auteur subit cette folie, ou s’il la nourrit, afin de s’en servir de substrat créatif. A ce titre la présence  de sa mère réapparait sans arrêt dans l’esprit de James Ellroy :

« Après le steak du menu, un gâteau de mariage sur mesure. On bavarde d’un côté à

l’autre de la table pendant qu’ Helen fait le tour de la salle et que je bats en retraite dans ma tête. Mon esprit vagabonde. Si Jean Hilliker avait vécu, elle aurait aujourd’hui 76 ans, cinq mois et dix-neuf jours »

L’auteur d’American Death Trip, d’American Tabloïd et du célèbre Dalhia Noir nous invite à comprendre tout un pan de son univers torturé, celui de ses relations avec les femmes, réelles ou fantasmées :

« Ces femmes demeurent sous la forme

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James Ellroy, réactionnaire et chrétien. Le Maurice Dantec Américain ?

d’images en quête d’une structure narrative ».

« Je me jette au pied des femmes et je leur

parle seul dans le noir. Elles me répondent. Ce

sont elles qui m’ont convaincu de ma culpabilité. »

De sensations en sentiments, le livre emporte le lecteur dans l’univers tourmenté et créatif de James Ellroy, où le fond parfois lugubre, glauque, sans concession, ne lâche jamais rien sur la forme littéraire, aiguisée comme une lame de rasoir.

J.Ellroy passe une grande partie de son temps dans le noir, à écouter Beethoven, Rachmaninov, à dialoguer avec des femmes imaginaires. Il traque sans cesse un cancer de la peau qui n’existe pas, il se tue à sa tâche d’écrivain, devient dépendant de son épouse Helen Knode, la trompe, et réalise d’immenses succès littéraires. Ça vous pose un génie de la littérature.

« Je vis pour lire, méditer pour coller aux trous de serrures, pour pister les filles, pour rôder et fantasmer. »

« J’enchaîne les petits boulots temporaires tout en concoctant dans ma tête le plus grand roman, encore à écrire, de la littérature mondiale »

Au fil des pages, la mécanique s’installe, on est porté par la prose de l’auteur, ses déambulations entre conférences de presse et méditation dans le noir, ces déprimes dans des hôtels de luxe, ses angoisses en avion ou encore sa monomanie de l’écriture (romans, scénarios…)

On suit avec intérêt ses relations avec sa femme Helen Knode ou Joan, une jeune universitaire juive de gauche. En témoigne sa vision du couple (avec Helen Knode ) :

 » Je voyais les autres gens comme des importuns et des intrus.  Je voulais enfermer notre couple et l’entourer de quatre murs. »

On s’éprend néanmoins d’affection pour celui qui est surnommé « Gros Chien » (Dog) un mégalo mais aussi un auteur reconnu de romans noirs à succès. Le même qui rodait gamin, et s’introduisait par effraction dans les pavillons chics de Los Angeles, orphelin d’une mère dont il se croyait responsable de la mort.

« J’étais sourd au monde réel et à tout ce qui contrariait mes projets personnels de monomaniaque »Malédiction_Hilliker

« Je possède les pouvoirs d’un prophète.Leurs

composants : une ténacité extrême, une persévérance surhumaine, et la capacité à ignorer les intrusions que m’inflige le monde réel. Je crois à l’invisibilité. Je la conçois consciemment comme une conséquence indirecte de mon pragmatisme chrétien, affinée par des années de solitude passées dans l’obscurité. La foi me magnétise. Elle me permet d’adhérer au monde. »

La Malédiction Hilliker (2011- Rivages/Noir). James Ellroy.

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