Spéciale littérature pour filles : « Cyanure » de Camilla Lackberg (Actes Sud) et « Ecoute la pluie » de Michèle Lesbre (S.W. éditeur)

Une enquête et un roman. Deux courts récits qui visent un lectorat féminin.

Cyanure

image_cyanureDans « Cyanure », de l’auteure suédoise à succès Camilla Läckberg, Martin accompagne Lisette, sa petite amie, à une réunion familiale se déroulant sur l’île de Välo.

L’histoire est simple. Tout tourne autour de Ruben, le richissime grand-père, dont la famille vit au crochet. Ruben s’apprête à faire une révélation à la troupe embarquée sur l’île, lorsqu’il s’écroule subitement… victime vraisemblablement d’un empoisonnement au cyanure.

Martin, qui est flic, décide alors de mener l’enquête afin de découvrir le meurtrier parmi Harold, le père de Lisette, Britten, sa mère, Gustav, son oncle, la tante Vivi, le cousin Bernard, la soeur de Bernard Miranda, et Matthias le frère de Bernard.

On rentre facilement dans cette histoire, ou Martin, flic maladroit, peine à découvrir la vérité au milieu d’histoires familiales qui ne l’intéressent guère.

Le seule hic, c’est que ces mêmes histoires, sensées constituer les « révélations » croustillantes et donner du rythme au récit n’intéressent même pas le lecteur…

On s’ennuie du début à la fin, entre la mauvaise météo qui comme par hasard bloque l’accès à l’île et coupe le téléphone,  la psychologie surfaite des personnages, et leurs interactions d’une platitude stratosphérique…

Une histoire pas vraiment complexe, nourrie de deux ou trois révélations cousues de fils blancs, et on attend impatiemment le dénouement – catastrophique – de « l’intrigue » (si l’on peut appeler ça une intrigue). Et pour finir, on hurle de rire à la référence faite à Sherlock Holmes à la fin du livre.

Comble de l’ironie, un commentaire du narrateur, Martin, semble refléter la pensée de l’auteure sur son propre travail, probablement de façon inconsciente.

Martin, le flic échoué là par hasard, se dit en lui-même, juste après une révélation (d’adultère ou d’inceste je ne sais plus et je n’irai pas vérifier dans le texte) :

« Tout cela semblait tiré d’un sitcom de bas étage »

En fait c’est plutôt tiré d’un « roman » de bas étage. De ce roman de bas étage. Drôle de confession inconsciente (freudienne diront les plus pédants).

En effet n’importe quel(le) étudiant(e) de première année de lettres modernes est capable d’écrire une nouvelle d’un bien meilleur niveau que ce « Cyanure », qui relève en effet, comme le confesse Martin le narrateur, du sitcom de bas-étage.

Claudie Gallay c’est Proust en comparaison.

Extraits de Cyanure :

« Eh bien, vous étiez là, vous avez bien vu l’atmosphère qui régnait à table. Pensez-vous qu’il y en ait un parmi ces vautours qui ne souhaitait pas sa mort ? dit Harald spontanément, puis il parut regretter son commentaire. Non, je pousse peut-être le bouchon un peu loin. Je veux dire, on a eu nos heurts et nos désaccords dans la famille je ne peux pas le nier. Mais de là à vouloir l’assassiner… Pour répondre à votre question, je n’en ai aucune idée. »

« De vieux secrets avaient commencé à reprendre vie, comme une créature monstrueuse sous la surface »

« Il réalisait que Lisette n’était qu’une amourette de vacances et qu’elle aurait du le rester »

Écoute la pluie

Sabine Wespieser EditeurLe niveau de cette chronique est relevé par ce très joli (quoiqu’un peu soporifique… ) roman de Michèle Lesbre. Et là c’est vraiment conçu pour les filles.

De l’épaisseur littéraire pour cette lecture néanmoins, qui recèle de très beaux passages.

L’histoire est la suivante : un vieil homme se jette sous les rames du métro, devant Michèle Lesbre. Elle est bouleversée.

On est en présence d’un beau roman à l’écriture sentimentale, qui alterne le récit du drame qu’a vécu l’auteure, et le récit de sa relation avec son compagnon.

C’est assez émouvant, et elle décrit avec talent chacun de ses sentiments éprouvés lors de différents instants éphémères (sur la plage, avec son compagnon, dans le métro, dans la rue, etc.).

Elle décrit également sa course, physique et réelle, ou bien spirituelle et fantasmée, pour échapper à l’horreur du drame du métro.

Elle cherche à en savoir plus sur l’homme qui s’est jeté sur les rails devant elle, se plaît à imaginer sa vie… et elle dissèque donc chacune de ses émotions tout au long de cette péripétie.

C’est un roman très calme, mais en même temps, qui traite du thème de la déstabilisation des êtres humains, de l’ébranlement possible de la cohérence interne après un traumatisme, et de ses conséquences.

Quant à connaître la signification du titre « Écoute la pluie », eh bien c’est une des raisons de lire ce livre de 100 pages.

Extraits d’ « Écoute la pluie »

« Des éclairs lointains déchirent le ciel, j’aime l’orage et sa grande colère. »

« Il avait surgi, anonyme et fugace, et sans doute ne sortirait-il jamais de ma mémoire. Tout à l’heure, j’ai écrit la date, l’heure et le nom de ma station sur mon cahier. J’ai ajouté que j’aimerai connaître celui de l’homme qui est entré dans ma vie en perdant la sienne. »

« Un matin, tu m’as annoncé que tu retournais « chez toi » avec cette violence que tu appelles sincérité. Tu n’as pas tort, les mots ne sont pas toujours à la hauteur. »

« Je suis tout de même retourné dans le quartier de la station de métro, je ne sais plus à quel moment de la nuit. J’ai cherché le commissariat le plus proche. Je voulais un nom pour cet homme à peine croisé, quelque chose de lui, de sa vie. »

« Le jour de la rue des Grands-Augustins, j’avais croisé une femme qui parlait de toi comme si elle te connaissait depuis longtemps, et même d’une façon intime. Nous étions nombreux autour d’une table, elle regrettait ton absence, tu aurais sans doute fait quelques belles photographies, disait-elle. Je n’arrivais pas à lui demander comment elle t’avais connu. De toute évidence elle ne savait rien de nous, à moins que tout son jeu me fût destiné. Je n’avais nulle envie de déclarer une petite guerre, je t’ai abandonné à son discours comme si je renonçait définitivement à toi et, lorsque je m’étais trouvée seule dans le taxi qui me ramenait chez moi, j’avais pleuré. « 

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